Le droit légitime de savoir pour tout être humain

A la célébration des soixante ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous nous interrogeons sur notre droit à l’information, directement lié à la liberté d’expression. L’internet a ouvert nos horizons. En est-il de même partout dans le monde ?

Le passage de la flamme olympique déchaîne les passions. Pas un seul jour sans qu’on en entende parler. A Paris, la torche a même été éteinte pendant quelques minutes, par mesure de sécurité. Nous le savons, la nouvelle a été relayée par les médias. Mais le même jour, en Chine, le journal faisait état d’un passage sans encombre dans la capitale française. Oublier l’incident. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vraiment ?

« L’information est importante, explique Roland d’Hoop d’Amnesty International. A partir du moment où les gens n’y ont pas accès dans leur propre pays, il ne peut y avoir de mouvement de révolte. Comment ne pas être d’accord avec ce qu’on ne sait pas ? Ce genre de pouvoir a peur que l’information devienne libre parce qu’à ce moment-là, on peut comparer les versions. Et remarquer que les choses ne se passent pas exactement comme “on“ voudrait le faire croire. Le droit à l’information est lié au droit à l’éducation : l’école ne sert à rien si elle devient un instrument de propagande. Les gens sont alors dans une illusion et non dans la réalité. Les dictatures qui pratiquent la propagande sont des comédies géantes où tout le monde fait attention et même semblant, pour ne pas être dénoncé. Des gens sont arrêtés tous les jours pour servir d’exemple et faire peur à encore plus de monde. De cette manière, ils encouragent l’autocensure. La population se sait surveillée et n’a donc pas de comportement contraire à la volonté du pouvoir. »

La Toile se tisse:

Aujourd’hui, l’internet permet de dialoguer plus facilement avec l’extérieur, de créer des contacts, de donner et recevoir des nouvelles. Il est donc plus facile, pour ceux qui tentent le coup, de passer entre les mailles du filet. On ne peut pas toujours tout surveiller en même temps. Mais la police chinoise est très bien formée dans ce domaine et s’allie avec de grandes entreprises pour se faciliter la tâche. « Il y a peu, raconte Roland d’Hoop, la police a pu arrêter Shi Tao, un opposant au régime qui dialoguait avec le monde extérieur sur internet. S’ils ont pu mettre la main dessus, c’est grâce au concours de Yahoo, qui a pisté l’adresse pour remonter jusqu’à lui Un autre exemple est celui de Google Chine. Ils permettent de mettre des filtres pour limiter l’accès aux informations. Ce qui est contraire à la philosophie de base de l’entreprise Leur argument est de dire que sans ces filtres, ce serait encore pire. Que les Chinois n’auraient pas d’accès à internet. Selon eux, c’est mieux de cette manière qu’autrement. » Et pourtant, selon la constitution chinoise, le droit à l’information est un droit reconnu. Entre dire et faire, apparemment, il y a encore de la marge.

Des filtres antidérapants:

L’accès et la diffusion d’informations sur l’internet ne sont pas limités. Mais il existe néanmoins des filtres pour éviter la propagation de certains contenus sur des sites, des forums ou des blogs.

Comme sur Skynet Blog. « Il n’existe pas de censure “a priori”, on ne trie pas les blogs avant leur diffusion, explique Denis Balencourt, de chez Skynet (Belgacom). Car ça prendrait beaucoup de temps pour surveiller les 162.947 blogs, les 3,5 millions de messages postés et les 4 millions de commentaires Le débat d’idées est par ailleurs l’essence même des blogs. »

Si Skynet par exemple n’est pas responsable des contenus, la société ne laisse pas pour autant tout passer. Il existe des barrières « a posteriori ». « Les utilisateurs peuvent nous signaler lorsqu’un blog diffuse des propos racistes ou des images pédopornographiques, par exemple, poursuit Denis Balencourt. Nous recevons aussi parfois des injonctions de la police. Nous fermons les blogs litigieux dans les trois jours. Cela concerne une centaine quotidiennement. »

En général on évite les contenus qui ne correspondent pas à la charte d’utilisation. Pas de messages racistes, haineux, agressifs, à caractère pédopornographique « Par jour, nous gérons environ 500 réactions aux articles et entre 250 et 400 commentaires sur le forum, explique Philippe De Boeck, modérateur du site internet du Soir. Il serait donc difficile de tout contrôler avant diffusion. Mais il existe une forme d’autorégulation par les internautes qui peuvent nous signaler des abus. Nous recevons entre 5 et 10 alertes par jour et dans 95 % des cas, elles sont justifiées. Nous proposons aussi un système de vote pour déterminer si un message est constructif ou non. Après un certain nombre de votes “non constructifs”, le message passe à la corbeille. Là aussi, dans 95 % des cas, les exclusions sont justifiées. Nous supprimons en outre la possibilité de réagir à certains articles, comme ceux sur le Proche-Orient, les commentaires dérapent trop facilement. »
On ne critique pas le pouvoir, sinon:

En Chine, le contrôle est permanent et critiquer le pouvoir n’est officieusement pas autorisée. Même si dans la Constitution chinoise, la liberté d’expression est un droit reconnu. Un paradoxe qui peut mener loin. Hu Jia en fait justement les frais en ce moment. Ce blogueur est emprisonné pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Ce qu’il a fait ? Au départ, il s’agit d’un citoyen qui veut mener des actions contre le sida (sujet tabou en Chine). Il remarque un manque d’information et d’action par rapport au virus et veut en parler. Dans un même temps, il met au jour des manquements aux droits de l’homme et en fait état sur le Net. Conséquence : lui, sa femme et son bébé sont placés en résidence surveillée. Mais plutôt que de baisser les bras, il profite de sa situation pour tourner un documentaire sur ses conditions de vie. Là c’en était trop, les autorités chinoises l’ont emprisonné. « Au cours de sa détention, Hu Jia a été soumis à 47 longs interrogatoires, précise le site d’Amnesty International. Il n’a pu consulter son avocat ni contacter sa famille et a été privé de soins médicaux, y compris des médicaments qu’il doit prendre quotidiennement à cause d’une maladie du foie. » Il vient d’être condamné à trois ans et demi de prison.
En prison pour un profil Facebook:

Si vous avez déjà été faire un tour sur les nouvelles communautés virtuelles comme Facebook, vous aurez peut-être remarqué que de « faux profils » avaient été créés. En effet, il est peu probable de recevoir un message personnel de Mathilde de Belgique ou de Benoît Poelvoorde vous demandant un ajout dans votre liste d’amis sans avoir un léger doute. Une bonne blague ou un simple fan sans plus.

Pourtant, c’est de cette manière que Fouad Mourtada, un jeune informaticien marocain de 26 ans, s’est vu condamné à trois ans de prison. Son crime : avoir créé le profil du prince marocain Moulay Rachid sans son accord. Il a été déclaré « coupable d’avoir modifié et falsifié des données informatiques et usurpé l’identité d’une personnalité officielle ». Alors que selon lui, il s’agissait uniquement de prouver son admiration envers le frère cadet du roi Mohammed VI, sans intention de nuire.

Une telle peine serait jugée disproportionnée. Les familles royales en Europe sont régulièrement croquées par les caricaturistes ou autres humoristes et ce n’est pas pour ça qu’ils passent devant les tribunaux. Idem pour les créateurs de leurs profils Facebook. Une bonne blague, sans plus. Mais pour Roland d’Hoop, d’Amnesty International, la différence réside dans le fait qu’« au Maroc, la liberté d’expression n’est pas encore complète. Le roi a un contrôle fort et son propre réseau d’informateurs. Plusieurs journalistes ont d’ailleurs été inquiétés pour avoir critiqué le pouvoir en place. »

Heureusement pour lui, Fouad a bénéficié d’une grâce royale et a été libéré. Mais une enquête est toujours en cours pour vérifier s’il n’a pas subi de tortures pendant son emprisonnement.

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