Festival de Cannes: “Tyson” surhomme ou simple humain
Un film coup de poing, au sens littéral du terme: le documentaire “Tyson”, présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, dresse un portrait émouvant de l’ancien boxeur américain, terreur des rings controversée mais homme complexe et plein de failles.
“J’ai été bouleversé lors de la projection quand j’ai vu toutes ces caméras. Je me suis senti vulnérable”, a avoué Mike Tyson samedi en conférence de presse, après avoir été ovationné la veille lors de la présentation du film.
Ceux qui persistent à ne voir en lui qu’une brute sanguinaire trouveront peut-être ce documentaire hagiographique, car réalisé de son point de vue. Il mêle des images d’archives à celles de la trentaine d’heures d’entretiens accordée l’an passé au réalisateur James Toback, pendant une cure de désintoxication.
“Tyson” est pourtant un film sur l’humanité puisqu’il dépeint “Iron Mike” dans toute sa complexité et son ambivalence, sa férocité et ses doutes existentiels, parti pris renforcé par l’emploi du “split screen” (écran divisé en plusieurs images).
Voix fluette empâtée par la “désintox” et zozotement enfantin, Tyson se confie avec une franchise confondante, parfois crue. Il a grossi et a l’air d’un vieux cheval sur le retour, malgré l’impressionnant tatouage maori qui entoure son oeil gauche.
Le moment clé est celui où il explique qu’après avoir commencé à se battre, gamin dans le ghetto de Brooklyn, il a cessé d’avoir peur des autres.
Car il a utilisé sa force pour transcender ce sentiment qui le taraude. Aujourd’hui encore, il a “peur d’être à nouveau physiquement humilié”.
Il a les larmes aux yeux et la gorge nouée quand il évoque Cus d’Amato, son premier entraîneur, qui a transformé le petit voyou noir-américain en légende du noble art. D’Amato est mort en novembre 1985, sans l’avoir vu devenir le plus jeune champion du monde des lourds un an après, à l’âge de 20 ans.
Le côté face de Tyson? Les KO infligés à ses adversaires terrifiés par sa vitesse et sa frappe phénoménales. Son côté pile? Ses névroses, sa violence hors du ring et son rapport aux femmes obsessionnel, ambigu et parfois choquant.
Il évoque son mariage raté avec l’actrice Robin Givens et dit aimer les femmes qui le “protègent” tout en voulant “les dominer sexuellement”. Il nie toujours avoir commis le viol pour lequel il a été emprisonné de 1992 à 1995, une histoire qui a “détruit (sa) vie”.
Tyson a connu les addictions, le ridicule (la morsure aux oreilles d’Evander Holyfield) et la ruine avant sa retraite en 2005. Il a vécu par et pour la boxe, sport qui n’a pas son pareil pour porter des individus au pinacle puis les précipiter dans des gouffres sans fond.
Mais dans la dramaturgie du noble art, la rédemption n’est jamais loin, comme Martin Scorsese l’a montré dans “Raging Bull”.
Tyson aura 42 ans fin juin (”C’est un miracle!”) et veut s’occuper de ses six enfants: “Mon passé c’est de l’histoire, mon avenir c’est un mystère”.
Vidéo retraçant des moments difficiles de sa vie:
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